Nos savoir-faire

L'artisanat haïtien ne se résume pas à une seule technique. C'est une constellation de savoir-faire, transmis de génération en génération, souvent au sein d'une même famille ou d'un même quartier. Derrière chaque geste, il y a une histoire : celle d'un héritage venu des Taïnos et d'Afrique, d'une matière locale apprivoisée, d'une communauté qui vit de son art.

Voici les six univers que nous mettons en lumière à travers nos collections.

L'artisanat de la corne

L'élégance de la corne s'exprime à travers ses nuances naturelles et les formes variées qu'elle peut prendre. Développé au milieu du 20e siècle avec l'essor du tourisme en Haïti, le travail de la corne et de l'os s'est affirmé au fil des décennies comme l'un des savoir-faire les plus raffinés du pays, aujourd'hui salué par des designers internationaux. La matière première est de la corne de bœuf collectée dans les abattoirs : une démarche de récupération qui transforme un déchet en une matière noble et durable. Chaque corne porte ses propres veines, ses propres reflets — du blond miel au noir profond — si bien qu'il n'existe pas deux bijoux identiques. Polie, découpée et façonnée à la main, elle devient boucles d'oreilles, manchettes, colliers ou objets de décoration intemporels. En Haïti, cette activité fait vivre des ateliers entiers et crée des emplois durables, notamment pour les jeunes.

Le perlage

Les premiers ateliers de « perlage » datent des années 1940-1950 et se développent grâce à l'émergence du tourisme en Haïti. Mais cet art populaire est bien plus ancien qu'il n'y paraît, et il a conservé son caractère sacré : la technique du tissage de perles servait à l'origine à confectionner les costumes de rara et les drapo vodou, ces somptueuses pièces de satin brodées de perles et de paillettes colorées, aujourd'hui recherchées par les amateurs d'art du monde entier. Depuis une vingtaine d'années, les artisans déclinent cette technique sur de nouveaux supports : sacs à main, pochettes, objets de décoration. Plusieurs jours de travail minutieux sont nécessaires à la réalisation d'une seule pochette entièrement brodée de perles. Chaque pièce de notre sélection est donc une œuvre unique, héritière d'un patrimoine populaire que nous sommes fiers de faire voyager.

Le travail du bois

Dans plusieurs régions d'Haïti, le bois se sculpte comme on raconte une histoire. À Milot, près du Cap-Haïtien, la sculpture sur bois fait vivre des ateliers entiers depuis les années 1970, et le métier s'y transmet de maître à apprenti, souvent entre cousins et amis. Du traçage à la finition, chaque étape est réalisée à la main. Travaillé seul ou associé à la corne et à la coque de noix de coco, le bois donne naissance à des bijoux, des objets utilitaires et des pièces de décoration aux lignes chaleureuses. C'est une matière vivante, locale, qui porte en elle la chaleur des paysages haïtiens. 

Le métal découpé

C'est peut-être l'art haïtien le plus emblématique. Tout part d'un forgeron, Georges Liautaud (1899-1992), qui fabriquait des croix pour le cimetière de Croix-des-Bouquets, en banlieue de Port-au-Prince. Remarqué au début des années 1950 par le Centre d'Art, il invente un langage nouveau : la sculpture sur métal récupéré. Ses héritiers, les « bòsmetal », perpétuent depuis cet art au village de Noailles, qui compte aujourd'hui des dizaines d'ateliers. La technique force l'admiration : des bidons de fuel recyclés sont aplatis, dessinés à la craie, puis découpés et ciselés au burin et au marteau. De cette dentelle de métal naissent des arbres de vie, des sirènes, des soleils, des oiseaux — tout un imaginaire puisé dans l'histoire quotidienne et spirituelle d'Haïti. L'artisanat de récupération dans ce qu'il a de plus spectaculaire.

La vannerie

La vannerie haïtienne est à la fois un héritage de l'Afrique de l'Ouest et des Taïnos : les techniques d'entrelacs employées par nos ancêtres ont traversé les siècles accompagnent le quotidien des haïtiens. Dans les régions rurales et côtières, ce savoir-faire se transmet encore de père en fils et de mère en fille. Le makout, ce sac tressé du paysan haïtien, en est le symbole le plus familier : qui n'a pas le souvenir d'un grand-parent partant au jardin avec son makout à l'épaule ? Paniers, chapeaux, nattes et sacs tressés demandent des semaines de travail minutieux et incarnent une mode naturellement éthique, faite de fibres biodégradables et de gestes patients.

Le papier mâché de Jacmel

Impossible pour moi d'en parler sans émotion : Jacmel est la ville qui m'a vue grandir. Ce haut lieu de l'art populaire haïtien, reconnu « Ville créative », est célèbre pour ses masques flamboyants qui défilent chaque année lors de son carnaval, l'un des plus réputés de la Caraïbe. Le papier mâché y est un art à part entière, pratiqué dès le plus jeune âge dans des ateliers souvent familiaux. À partir de papier récupéré, de colle et de couleurs vives et saturées, les artisans jacméliens façonnent des masques, des animaux, des fruits et des objets de décoration d'une gaieté communicative. Un art de la récupération, encore une fois, qui transforme le simple papier en pièces de collection. 

Envie de mettre des visages sur ces savoir-faire ? Découvrez les portraits des ateliers et des créateurs avec lesquels nous travaillons sur notre page « Nos artisans », et retrouvez toutes nos créations sur ayizana.com.

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